Auteur : Anta Faye, Isac MINGOU, Laure Tall, Marame Cissé, Sidy Tounkara
Mots-clés : alimentation, école, transformation, système, local, agriculture.
Chaque année, le 1er mars marque la célébration de la Journée africaine de l’alimentation scolaire. Cette reconnaissance témoigne de l’intérêt croissant des pays africains pour les programmes de cantines scolaires. Longtemps perçue principalement comme un mécanisme de soutien à la scolarisation et à la nutrition des enfants, l’alimentation scolaire est aujourd’hui de plus en plus envisagée comme un levier stratégique de développement.
Lorsqu’elle est pensée au-delà de la simple distribution de repas, l’alimentation scolaire peut contribuer simultanément à améliorer la performance scolaire, renforcer la protection sociale et soutenir la production agricole locale.
De la cantine scolaire à un instrument de transformation des systèmes alimentaires
Dans de nombreux pays africains, les programmes de cantines scolaires ont été mis en place pour répondre à des défis immédiats : lutter contre la faim en milieu scolaire et encourager la fréquentation des écoles. Toutefois, ces programmes sont aujourd’hui appelés à jouer un rôle plus large dans la transformation des systèmes alimentaires.
Le concept d’Alimentation Scolaire basée sur la Production Locale (ASPL) ou Home Grown School Feeding s’inscrit dans cette perspective. L’idée est simple : utiliser les cantines scolaires comme marché institutionnel stable pour les producteurs locaux.
Cette approche peut générer plusieurs effets positifs. Elle permet aux exploitations agricoles familiales d’accéder à des débouchés réguliers pour leurs productions. Elle favorise également la structuration de certaines filières locales et peut stimuler les activités de transformation, notamment celles portées par les femmes qui jouent un rôle central dans ces maillons des chaînes de valeur.
En créant une demande institutionnelle prévisible, les programmes d’alimentation scolaire peuvent ainsi contribuer à renforcer l’ancrage territorial des systèmes alimentaires et à soutenir des dynamiques agricoles plus durables.
Une dynamique internationale en faveur de l’alimentation scolaire
L’importance stratégique de l’alimentation scolaire est aujourd’hui reconnue à l’échelle mondiale. La création de la Coalition mondiale pour l’alimentation scolaire illustre cette ambition collective portée par plusieurs États et organisations internationales.
Cette initiative vise notamment à garantir qu’à l’horizon 2030, chaque enfant puisse bénéficier d’un repas scolaire sain et nutritif. Au-delà de la dimension nutritionnelle, cette coalition met également en avant le potentiel de l’alimentation scolaire pour soutenir les économies rurales et renforcer les systèmes alimentaires nationaux.
Dans ce contexte, plusieurs pays africains explorent de nouvelles approches pour intégrer davantage les producteurs locaux dans l’approvisionnement des cantines scolaires.
Des défis importants pour passer à l’échelle
Malgré ce potentiel, la mise en œuvre d’une alimentation scolaire basée sur la production locale reste confrontée à plusieurs défis.
Le premier concerne la mobilisation de ressources financières suffisantes pour garantir la pérennité des programmes. Les cantines scolaires nécessitent des financements réguliers pour l’achat des denrées, la logistique et la gestion des repas.
Le second défi concerne le cadre institutionnel et réglementaire. La réussite de l’approvisionnement local suppose une coordination efficace entre plusieurs secteurs : agriculture, éducation, commerce et protection sociale.
Un troisième enjeu réside dans l’organisation des acteurs des systèmes alimentaires locaux. Les producteurs doivent être en mesure de répondre aux exigences de qualité, de quantité et de régularité nécessaires pour approvisionner les cantines scolaires. Cela suppose des capacités de production adaptées, mais aussi des infrastructures de stockage, de transformation et de transport.
Enfin, la coordination territoriale entre les différents acteurs — collectivités locales, organisations de producteurs, services techniques et écoles — constitue un facteur déterminant pour assurer le bon fonctionnement de ces dispositifs.
Produire des évidences pour éclairer les politiques publiques
C’est dans cette perspective que le consortium IPAR – GRDR – CICODEV met en œuvre le projet « Dynamiser les systèmes alimentaires locaux grâce aux cantines scolaires au Sénégal » (SALCSS).
Ce projet de recherche-action vise à analyser et expérimenter des modèles d’approvisionnement des cantines scolaires fondés sur la production agroécologique locale, tout en promouvant l’inclusion sociale et l’égalité de genre.
Au-delà de la mise en œuvre d’initiatives locales, l’ambition du projet est également de produire des évidences solides sur les effets de l’approvisionnement local des cantines scolaires. Ces connaissances permettront d’alimenter les débats sur les politiques alimentaires et agricoles, notamment dans la perspective d’un passage à l’échelle de ces dispositifs.
En reliant les politiques éducatives, agricoles et alimentaires, l’alimentation scolaire apparaît ainsi comme un instrument stratégique pour construire des systèmes alimentaires plus inclusifs, résilients et ancrés dans les territoires.

