Cette étude présente les résultats de la cartographie des acheteurs institutionnels de mil à Dakar et leur interconnexion avec les Organisations de Producteurs (OP) et les entreprises de transformation. L’objectif est de favoriser une meilleure connaissance de l’écosystème des acteurs impliqués dans les marchés institutionnels du mil au Sénégal.
Les résultats ont montré que les acheteurs institutionnels de mil sont constitués d’entités publiques telles que les services de restauration collective notamment les écoles (cantines scolaires), les universités, les prisons, les casernes, l’armée, les hôpitaux, etc. et des entités à but non lucratif regroupant les organismes humanitaires telles que le PAM, le GRDR, CPI, la FAO, etc. qui appuient pour la plupart l’Etat à travers la Division des Cantines Scolaires (DCaS) rattachée au Ministère de l’Education Nationale (MEN) dans le cadre de l’alimentation scolaire.
L’acquisition du mil, pour les entités publiques, se fait à 80% chez des détaillants qui sont pour la plupart des entreprises privées de commercialisation de denrées alimentaires (54%). Seulement 8% et 15% achètent directement chez les OP et transformateurs. Cette faiblesse d’achat formel à travers des appels d’offres fait que la contractualisation entre les acheteurs et les OP est quasi inexistante. Ceci montre qu’il n’y a pas vraiment d’interconnexion entre ces acteurs.
Au niveau des entités à but non lucratif, hormis CPI qui a acheté directement du mil chez des OP de la région de Kaolack (sur un projet déjà finalisé), les autres organismes ont mis en place des comités de gestion qui gèrent directement l’approvisionnement des cantines scolaires en denrées alimentaires.
Aussi bien pour les entités publiques que les entités à but non lucratif, les volumes d’achats en mil sont moindres. Le mil perd de plus en plus sa place d’antan dans les repas sénégalais. Les écoles, pour la plupart, ne proposent pas de plats à base de mil pendant les repas de midi, favorisant plus le riz, le pain et les autres produits importés. Les restaurants universitaires ne proposent le couscous de mil que deux fois par semaine au choix avec le couscous marocain (fait avec du blé) plus prisé par les étudiants. Quant aux hôpitaux, le mil n’est consommé que quelques rares fois.
Il conviendra d’une réelle volonté politique par l’Etat pour favoriser et accompagner la promotion et la consommation des céréales locales notamment le mil. L’État devrait faciliter des ponts entre le milieu rural et les consommateurs urbains pour mieux faire connaître les produits et promouvoir leur consommation. C’est une question de souveraineté nationale. Mais, paradoxalement, la nouvelle Stratégie de souveraineté alimentaire du Sénégal se concentre sur l’augmentation de la production, de la productivité et de la valeur des produits agricoles, de l’élevage et de la pêche, en mettant particulièrement l’accent sur les chaînes de valeur prioritaires (c’est-à-dire les produits qui ont un impact plus important sur la balance commerciale : riz, maïs, blé, lait, volaille, moutons et produits de l’aquaculture). Au détriment de ce qu’elle appelle autre culture (c’est-à-dire mil, sorgho, fonio, niébé, sésame), horticulture et micro-jardinage.