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Arts, sciences et savoirs locaux : un dialogue pour repenser les systèmes alimentaires au Sénégal

Dans le cadre du projet ARTS, l’IPAR a co-organisé, avec ENDA PRONAT, UNIBE et DyTAEL Bignona, le mercredi 22 avril 2026, un forum axé sur « Dialogue arts, sciences et savoirs endogènes pour des systèmes alimentaires plus durables et équitables au Sénégal », à la 5ième  édition de la Conférence Intensification Durable (CID) en marge des Journées de l’Agroécologie du Sénégal (JAES) organisées par la Dynamique pour une Transition Agroécologique au Sénégal (DyTAES) au Musée des Civilisations noires de Dakar.   

La rencontre a réuni des chercheurs, artistes, slameurs, poètes et membres d’organisations locales venus de différents horizons. Cet espace d’échanges a permis d’ouvrir une réflexion approfondie sur les dynamiques de transformation des systèmes alimentaires, en croisant différentes formes de processus de co-production de connaissances.

Dans ce cadre, Dr Sidy Tounkara, chercheur à l’IPAR, est revenu sur le projet ARTS, qui vise à réfléchir de manière prospective sur les systèmes alimentaires du département de Bignona à l’horizon 2045. Cette réflexion s’appuie sur une méthodologie participative consistant à analyser les facteurs de changement, identifier les variables motrices, construire des scénarios futurs plausibles et définir des trajectoires d’évolution.

Lors de sa présentation, Dr Tounkara a mis en évidence un état des lieux marqué par une croissance démographique, une urbanisation rapide et mal contrôlée, un faible engagement des jeunes dans l’agriculture, des difficultés d’accès au financement, des infrastructures de transformation et de stockage insuffisantes, ainsi que des défis, mais aussi des opportunités, liés aux habitudes de consommation.

À partir de ces constats, plusieurs scénarios contrastés ont été co-élaborés avec les acteurs à la base dans le cadre de la DyTAEL Bignona considéré comme un living lab, puis des leviers stratégiques et des plans d’actions ont été proposés autour de l’éducation, de l’alimentation et de la santé, de la gestion des ressources naturelles et des mécanismes de financement. L’ambition commune est de faire de Bignona une vitrine éco-durable d’ici 2045.

Dans la continuité de cette réflexion, Dr Tounkara a également présenté une communication axée sur « Intérêts de la prospective territoriale : engager les communautés pour des systèmes alimentaires basés sur l’agroécologie ». Cette présentation aborde le rôle de la prospective territoriale dans la transformation des systèmes alimentaires à travers un dialogue entre arts, sciences et savoirs endogènes.

Elle s’articule autour de trois axes principaux : la définition du concept de prospective territoriale, la description de sa démarche opérationnelle basée sur une approche participative, inclusive et systémique, et l’exploration des liens entre prospective, expressions artistiques, connaissances locales et dynamiques territoriales.

L’objectif a été de montrer comment cette approche permet d’impliquer les communautés, de valoriser les savoirs locaux et de co-construire des trajectoires vers des systèmes alimentaires plus durables, inclusifs et équitables. En effet, Clément Sambou, coordonnateur de la DyTAEL Bignona, est revenu sur l’originalité de cette approche de recherche combinant art et science. Il est souligné l’importance stratégique de l’implication des communautés et surtout la dotation de ces dernières en outils de plaidoyer forts avec un contenu argumentaire pour engager l’action collective.

Auparavant, la présentation du Dr Patrick Bottazzi, chercheur à l’Université de Berne, a proposé une réflexion théorique et conceptuelle sur la place de l’art dans la recherche scientifique. Il en a souligné les limites lorsqu’elle se réduit à une approche positiviste et a plaidé pour une ouverture à des formes de savoirs pluriels, notamment les savoirs locaux.

Il a mis en avant la science transformative et la transdisciplinarité comme cadres permettant d’intégrer la réflexivité, la justice cognitive et une meilleure prise en compte des rapports de pouvoir, notamment Nord-Sud, ainsi que des enjeux d’inclusion.

Dans ce contexte, l’art apparaît comme un outil central de coproduction des connaissances au sein du projet ARTS, avec des fonctions permettant de produire de nouvelles idées, de favoriser le dialogue et de soutenir le plaidoyer.

Il a également insisté sur les tensions entre recherche et action, ainsi que sur la dimension émotionnelle souvent négligée, en proposant des approches comme le théâtre forum, conçu comme un espace sécurisé d’expérimentation et un levier de mobilisation communautaire. Enfin, il a conclu sur la nécessité d’une recherche-action territorialisée, fondée sur une épistémologie plurielle, des temporalités flexibles et une vigilance critique constante sur les cadres de production des savoirs.

Cette dynamique a également été enrichie par la participation d’artistes, slameurs, chanteurs, plasticiens, poètes et graphistes, illustrant concrètement le rôle de l’art dans la production de connaissances, la sensibilisation et le plaidoyer. Ainsi, la valorisation de la consommation locale passe aussi par des formes d’expression artistique qui, au-delà des discours, permettent de toucher davantage les publics et de susciter l’engagement collectif.

La diffusion de slams et de clips vidéo a ainsi constitué un moyen puissant de plaidoyer en faveur de l’agroécologie, renforçant l’impact des messages portés lors de ce forum.

A la suite de ce forum, Dr Paul Ndiaga Ciss, chercheur à IPAR, a présenté un poster scientifique sur « Le Système de Riziculture Intensif (SRI) : une technologie à promouvoir pour la résilience des riziculteurs dans un contexte de changement climatique ? » L’approche Champs Ecoles Producteurs (CEP) a été mobilisée pour renforcer les capacités de deux organisations paysannes (UJAK et Union de Galoya) dans le département de Podor en Système de Riziculture Intensif (SRI). L’expérience, après évaluation participative, a montré que le SRI permet de réduire les coûts de production, de limiter l’utilisation des engrais chimiques au profit de la matière organique, de favoriser une gestion économe de l’eau et de contribuer à l’augmentation des rendements, et des revenus des producteurs qui l’adoptent.

Cette pratique pourrait ainsi être une alternative pour faire face à la dégradation des terres, à la baisse des rendements dans un contexte de changement climatique. Cette technologie peut, donc, être vulgarisée pour contribuer à la souveraineté alimentaire. Toutefois, la pénibilité du travail de repiquage et de planage du sol doit être allégée grâce à une mécanisation adaptée avec le soutien du secteur privé de la finance et du machinisme agricole.