Les 4èmes Journées internationales francophones de l’agriculture urbaine à Dakar ont été lancées le lundi 24 novembre 2025 à Dakar (CIGASS, UCAD) sous le haut parrainage du Ministère de l’Urbanisme, des Collectivités Territoriales et de l’Aménagement des Territoires du Sénégal.
Ces journées coorganisées par IPAR, du 24 au 29 novembre 2025, dans la capitale sénégalaise, visent à rassembler la communauté francophone autour des agricultures urbaines et périurbaines afin d’analyser les rôles des agricultures urbaines dans la résilience des villes et construire des alliances entre la recherche, les acteurs du secteur agricole, les partenaires techniques et financiers et les territoires.
Au programme de cette première journée, un panel a été organisé pour poser le débat sur le thème : « Agricultures urbaines et accès au foncier : les liens avec les politiques publiques et les décisions d’aménagement urbains ».
S’appuyant sur plusieurs études de cas, cette session adresse essentiellement la question des dynamiques foncières dans les villes d’Afrique et leur articulation avec les politiques publiques en vigueur et les pratiques locales d’aménagement urbain. Du Sénégal à Madagascar, en passant par la côte d’Ivoire et le Gabon, les communications ont analysé les modes d’appropriation, de régulation et de requalification des espaces agricoles et urbains dans des contextes d’urbanisation rapide et souvent informelle.
Les panélistes ont mis en exergue la résilience des systèmes agricoles urbains ainsi que les stratégies mises en branle par les acteurs (agriculteurs, institutions publiques, collectivités locales, promoteurs immobilier, industriels, etc.) pour utiliser et mettre en valeur le sol dans un contexte marqué par une pression foncière de plus en plus forte et par des cadres réglementaires généralement inadaptés.
La session a insisté sur la nécessité de repenser les politiques d’aménagement et de gestion du foncier afin de mieux intégrer l’agriculture urbaine et périurbaine dans la fabrique de villes durables et inclusives.
- A Madagascar, les plaines agricoles inondées autour de la ville d’Antananarivo s’éloignent de plus en plus de leur vocation agricole face à l’urbanisation informelle galopante. Le phénomène s’est accéléré au cours de la période 2017–2022, en dépit des risques d’inondations et en dehors des règles imposées par les plans d’urbanisme. Andrianmanga Andoniaina Valerie, qui a consacré sa thèse de doctorat à « l’inadéquation des règles d’urbanisme aux réalités et pratiques informelles des acteurs de l’urbanisation des plaines inondables d’Antananarivo », souligne une complexité des procédures et le contournement fréquent des règles, souvent associé à de la corruption. Un tel phénomène a favorisé la prolifération dans les plaines inondables d’habitats précaires, pour la plupart, dépourvus de services de base (eau, électricité).
- Le bassin versant de Malibé au Nord du grand Libreville (Gabon) doit également faire face à la pression urbaine avec ses corollaires : la concurrence pour le foncier, la hausse de la spéculation immobilière (hausse des coûts du foncier rendant les exploitations agricoles moins compétitives et moins rentables) et la dégradation des sols dues aux activités extra-agricoles. Les terres agricoles disponibles se réduisent obligeant les acteurs (pour la plupart des étrangers) à se reconvertir dans d’autres métiers et rendant les pratiques agricoles plus difficiles et menaçant leur durabilité. Face à ces défis, l’agriculture urbaine et périurbaine devient plus précaire. L’approvisionnement des marchés et des ménages en produits alimentaires n’est plus assuré correctement amenant le Gabon à recourir à des importations.
- Une autre étude réalisée en Côte d’Ivoire met en lumière la marginalisation de l’’agriculture urbaine, une activité exclue de l’organisation et de la planification urbaine, particulièrement à Yamoussoukro, la capitale politique du pays. Malgré une telle négligence, l’agriculture a pu se fondre au fil des années dans l’aménagement urbain avec la mise en culture des bas-fonds en réponse aux enjeux socioéconomiques et alimentaires. L’agriculture dans les bas fond est le fait de gens venus du nord de la Côte d’Ivoire ou du Burkina Faso et qui pratiquent la riziculture et le maraichage à cycle court. Le développement de l’agriculture urbaine à Yamoussoukro est lié à l’absence d’un véritable de marché de travail, avec un taux de chômage de 30%. Aussi, en l’espace d’un demi-siècle la population de la ville a été multipliée par 42. Le tissu industriel peine également à se développer malgré les ambitions de l’Etat d’aménager une zone industrielle de 750 ha dans la ville. D’où le rush vers l’agriculture. L’enjeu, pour demain, est de reconnaitre le rôle stratégique des espaces agricoles urbains dont les bas-fonds dans l’approvisionnement des centres urbaines en produits alimentaires de toutes sortes et de les prendre en compte dans la planification urbaine.
- Dans la région de Dakar au Sénégal, malgré le boom de l’immobilier, il subsiste encore des espaces dédiés à la production agricole. C’est le cas de Lendeng situé dans la commune de Rufisque. L’activité est fortement féminisée dans cette espace agricole de 56 hectares qui génère un chiffre d’affaires annuel de plus d’un milliard de FCFA. Toutefois depuis quelques années, la pression foncière liée à l’avancée du front urbain (habitat, construction de routes) et l’installation d’unités industrielles (cimenterie, etc.), entrainent un effritement des surfaces cultivées, tandis que l’usage excessif de pesticides occasionne la dégradation des sols et des pertes agricoles. L’enjeu est de protéger cet espace de production qui occupe une place importante dans les systèmes alimentaires à Rufisque et à Dakar de manière générale. Il est nécessaire de stopper le morcellement de l’espace et toute occupation irrégulière, renforcer le contrôle des affectations du sol et de mettre en place un comité de gouvernance multi-acteurs.
La session a été facilitée par Christine Margetic, Professeure émérite de géographie à l’Université de Nantes (UMR CNRS 6590 “ESO”) au sein de l’IGARUN (Institut de Géographie et d’Aménagement Régional), France.
Le panel d’experts était composé de :
- Dr Ando Niaina Valérie Andriamanga, Docteure en gestion des ressources naturelles et développement (Université d’Antananarivo); L’inadéquation des règles d’urbanisme aux réalités et pratiques informelles des acteurs de l’urbanisation des plaines inondables d’Antananarivo (Madagascar)
- Dr Kouakou Attien Jean-Michel Konan (Université Alassane. Ouattara, Bouaké), Les bas-fonds : des espaces valorisés par l’agriculture dans l’aménagement urbain à Yamoussoukro
- Dr Gérald Emmanuel LIBONGUI de Association Les Amis de la Géospatialisation et de la Nature (AGESNAT) qui a fait une communication sur : Pressions de l’urbanisation sur l’agriculture dans le bassin versant de Malibé, au Nord du Grand Libreville (Gabon).
- Dr Isseu Touré, Docteure en géographie et aménagement du territoire. Directrice de la planification et des compétences transférées de la ville de Rufisque (Sénégal). Sa présentation a porté sur : l’agriculture urbaine à Rufisque (Sénégal).






