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Lancement du projet SALCSS : Les cantines scolaires, un levier stratégique pour transformer durablement les systèmes alimentaires locaux au Sénégal

Le consortium IPAR/GRDR/CICODEV a procédé au lancement du projet « Dynamiser les systèmes alimentaires locaux au Sénégal grâce aux cantines scolaires » (SALCSS), ce mardi 24 février 2026 à Dakar.

SALCSS est une initiative de recherche-action de quatre ans, financée par le CRDI et visant à dynamiser les systèmes alimentaires locaux au Sénégal en s’appuyant sur les cantines scolaires comme levier de transformation.  Il cherche à comprendre comment les cantines scolaires peuvent soutenir la transition vers des systèmes alimentaires plus inclusifs, plus résilients ainsi que les conditions institutionnelles, financières et organisationnelles nécessaires pour y parvenir.

La cérémonie de lancement a été présidée par M. Abdoulaye Sarr, Conseiller Technique du Ministère de l’Education Nationale du Sénégal, en présence des acteurs des systèmes alimentaires et du secteur de l’éducation (ONG, OP, Division des cantines scolaires, organismes de recherches, Services techniques, PTF, etc.).

L’atelier a servi de cadre pour présenter le projet et partager les résultats phares de la revue de littérature sur les programmes d’alimentation scolaire au Sénégal et en Afrique de l’Ouest ainsi que les résultats préliminaires de l’enquête exploratoire à Rufisque et Bignona (zones d’intervention du projet) sur les systèmes alimentaires locaux et l’approvisionnement des cantines scolaires. La deuxième journée de la rencontre (25 février 2026) est consacrée à des échanges autour de la méthodologie de recherche-action du projet. L’idée étant de la discuter et de l’enrichir avec l’apport des différents acteurs, mais surtout de coconstruire un agenda d’actions et de recherche prenant en compte les préoccupations de chacun et pouvant soutenir le plaidoyer pour le renforcement des systèmes alimentaires locaux.

Des systèmes alimentaires fragilisés par des contraintes structurelles

Une étude exploratoire, réalisée en amont du lancement du projet SALCSS, présente les systèmes alimentaires locaux de Rufisque comme étant productive et caractérisés par une diversité d’acteurs/actrices et une dynamique d’innovation progressive. Ils sont, parallèlement affectés par des fragilités structurelles liées à la pression et à l’insécurité foncière, aux coûts des facteurs de production, notamment l’eau d’irrigation, et à une reconnaissance encore insuffisante de la valeur commerciale des produits locaux et une faible appropriation et adoption des pratiques agroécologiques.

A Bignona, les systèmes alimentaires locaux présentent, également, une forte diversité et une capacité d’innovation endogène mais restent fragilisés par la saisonnalité, la dépendance aux ressources naturelles et l’absence de mécanismes structurés de sécurisation des débouchés institutionnels.

Dans les deux territoires, les organisations de producteurs/productrices et les groupements de femmes jouent un rôle central dans la dynamique des systèmes alimentaires bien que leurs capacités d’actions soient conditionnées par des contraintes structurelles similaires telles que l’accès au financement, aux équipements, aux services de formalisation et aux marchés institutionnels.

L’étude distingue des modèles de cantines scolaires différents d’un département à l’autre. À Rufisque, le système s’appuie sur une gestion centralisée et institutionnelle qui favorise l’utilisation de produits locaux, bien que ce modèle reste vulnérable aux fluctuations des financements extérieurs. À l’inverse, la situation à Bignona se caractérise par une organisation plus fragmentée et précaire, dépendant étroitement du succès de projets ponctuels. Toutefois, la force de Bignona réside dans son engagement communautaire, offrant une base solide pour un développement futur si l’encadrement administratif s’améliore.

Connecter la demande institutionnelle à la production locale, encourager les pratiques durables et l’inclusion sociale

Le projet aspire à contribuer à la dynamisation de l’économie locale grâce à la création de débouchés pour les producteurs. Cela passe par le renforcement de la gouvernance territoriale des programmes d’alimentation scolaire en associant les collectivités, les producteurs, les parents, la société civile et les différents services techniques, etc. L’enjeu est de développer des mécanismes innovants pour connecter efficacement les producteurs aux marchés institutionnels, en particulier les cantines scolaires.

« Les cantines ne sont plus seulement des dispositifs sociaux pour garder les enfants à l’école ; ce sont des outils de politiques publiques qui croise l’éducation, la nutrition, l’agriculture et le développement des territoires ». M Abdoulaye Sarr, Conseiller Technique au Ministère Education Nationale du Sénégal.

L’approvisionnement des cantines devrait s’appuyer sur des pratiques d’achats locaux, notamment à travers des appels d’offres, permettant de générer des revenus directs pour les acteurs économiques dans les territoires. En structurant cette demande, les cantines scolaires favorisent le renforcement des organisations de producteurs locaux.

Le projet propose une transition vers un modèle alimentaire plus ancré dans les territoires et d’abandonner les solutions temporaires au profit d’une approche intégrée favorisant le développement économique local. L’innovation centrale repose sur la mise en place de jardins scolaires multifonctionnels, servant à la fois de source d’approvisionnement pour les écoles et d’outils pédagogiques pour les élèves.

La promotion de l’agroécologie et l’inclusion sociale sont par ailleurs des dimensions fortes du projet SALCSS. Les achats des cantines seront orientés vers des produits locaux sains, diversifiés et nutritifs.  A travers l’éducation et la sensibilisation le projet aspire à faire des enfants des ambassadeurs d’une alimentation saine et locale. Une telle orientation permet de transformer les méthodes de production et favorise l’adoption et la mise à l’échelle de pratiques agricoles durables. Il est prévu, par ailleurs, de mettre en place des conditions de production respectant l’équité, l’inclusion sociale et l’égalité de genre au sein des exploitations agricoles et des systèmes d’approvisionnement.

« Quand on a des cantines scolaires qui achètent localement, on soutient l’agriculture familiale, on stabilise les revenus, on renforce l’autonomisation économique des femmes et on améliore la qualité nutritionnelle des repas », Dr Laure Tall, Directrice Exécutive IPAR Think Tank