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Un Réseau de journalistes du Sénégal s’approprie les directives volontaires

Le Cadre national de concertation eLe Cadre national de concertation et de coopération des ruraux (CNCR) et ses partenaires dont l’Initiative prospective agricole et rurale (IPAR), l’Institut PANOS, le CONGAD, le GRET et ACTIONAID ont organisé les 13 et 14 avril 2015 un atelier de formation et d’échange avec le réseau de journaliste pour la gouvernance des régimes fonciers (RJGF). Cet atelier entre dans le cadre du renforcement des capacités des acteurs de la gouvernance foncière au Sénégal, qui fait suite au premier atelier co-organisé par le CNCR, l’IPAR et leurs partenaires sur les directives volontaires qui a permis aux journalistes présents de mettre sur pied, il y a quelques mois, le réseau des journalistes sénégalais.

Depuis plusieurs années, la question foncière occupe une place importante au Sénégal dans les débats relatifs aux politiques publiques, tant en zones urbaines que rurales. Tous les acteurs, y compris l’Etat, reconnaissent aujourd’hui la nécessité d’aller vers une réforme foncière et de revoir la loi sur le domaine national de 1964, qui n’a jamais été réellement appliquée. Les populations ont été en effet très réticentes à accepter cette loi, qui les dépossédait de leurs droits coutumiers et les mesures d’accompagnement et d’encadrement de la mise en œuvre de la loi n’ont jamais été mis en place par l’Etat (absence de définition des notions de « mise en valeur », de « résident », absence de moyens transférés aux collectivités locales chargés de la gestion du foncier, etc.). La majorité des terres rurales du Sénégal continuent donc d’être gérées principalement selon un système de gestion coutumière, bien que dans les zones à forte pression comme les zones irriguées, des outils aient été mis en œuvre afin de faciliter l’application de la loi sur le domaine national et suivre les affectations foncières.

Les organisations de la société civile ont ainsi senti la nécessité de créer les conditions d’implication des acteurs clés pour une bonne gouvernance du foncier se basant sur deux piliers : (i) l’élaboration concertée et l’application effective de politiques et textes règlementaires adaptés aux enjeux fonciers ; (ii) l’amélioration des pratiques de gouvernance foncière aux différents niveaux (communes, région, Etat, etc.)

En rappel, le réseau des journalistes avait été mis en place lors d’un atelier de formation des journalistes sur la législation foncière au Sénégal et les Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers organisé, en octobre 2014 par ces mêmes acteurs de la société civile, avait abouti à la mise sur pied par les journalistes présents d’un réseau sur la gouvernance foncière.

M. Samba Ndongo vice président de l’ordre des géomètres et experts a salué l’initiative relative au processus de réforme foncière. « Nous intervenons avant toute intervention de l’homme dans la nature » précise-t-il, en soulignant que veiller à la bonne gouvernance du foncier est la raison d’être de leur institution et donc participer à des initiatives dans ce sens est bien un devoir pour eux ;

M. Libasse Hane, chef de projet à l’Institut Panos a, d’entrée, souligné que la question de l’information est un problème crucial pour le Panos et qu’il est important de revoir notre système de travail avec les médias, mais surtout de les inclure en tant qu’acteurs du changement.

M. Marius Dia coordonnateur du CNCR a rappelé la réflexion paysanne de Dr Jacques Faye, un des précurseurs de l’IPAR en rappelant ses propositions de partir de la pratique réelle, des cas concrets de problèmes fonciers prenant en compte les intérêts des paysans. En ce moment il y avait pas de cas d’accaparement de terres comme il en existe actuellement a-t-il rajouté. Mr Dia souligne aussi que le processus de la réforme foncière avait laissé de côté les journalistes et qu’il est nécessaire qu’ils intègrent le processus en temps qu’acteurs incontournables de changement.

Dr Cheikh Oumar Ba directeur exécutif de l’Initiative prospectives agricole et rurale (IPAR), organisation pilotant la dissémination des Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers et partenaire technique appuyant le CNCR dans cette initiative, a encouragé cette volonté manifestée par les journalistes d’être des acteurs du changement et les invite surtout à s’intéresser d’avantage à la question foncière sous un angle différent de celui qui se résume à une couverture et diffusion d’informations. Il a dans cette lancée félicité et encouragé les journalistes qui au-delà de couvrir les évènements ponctuels commencent a s’intéresser au journalisme d’investigation et deviennent du coup des partenaires stratégiques, en tant que fournisseurs et utilisateurs des résultats de recherche.

M. El Hadj Thierno Cissé assistant au coordonnateur national du CNCR et initiateur de cette rencontre, a souligné la nécessité d’aller vers une réforme foncière et de revoir la loi sur le domaine national de 1964, qui n’a jamais été réellement appliquée. Il a rappelé que « les populations ont été en effet très réticentes à accepter cette loi, qui les dépossédait de leurs droits coutumiers et que les mesures d’accompagnement et d’encadrement de la mise en œuvre de la loi n’ont jamais été mis en place par l’Etat (absence de définition des notions de « mise en valeur », de « résident », absence de moyens transférés aux collectivités locales chargés de la gestion du foncier, etc.)  ».

Venue à son heure, ce réseau composé de journalistes des médias traditionnels, en ligne et des médias communautaires, se veut acteur du processus de la réforme foncière et s’est assigné une mission d’informer et de sensibiliser pour une meilleure gouvernance des régimes fonciers au Sénégal avec comme objectifs :

  • (i) renforcer les capacités des membres pour un meilleur traitement des questions foncières ;
  • (ii) informer les acteurs sur les enjeux de la gouvernance des régimes fonciers au Sénégal.

Dans le plan d’action adopté au cours des travaux, il est prévu « l’organisation de rencontres d’échanges entre les journalistes et les acteurs concernées (Osc, Etat, etc.), la mobilisation des appuis pour des investigations plus poussées sur les problèmes liés au foncier, la sensibilisation de l’opinion publique sur les enjeux de la gouvernance foncière, mais aussi une promotion des synergies entre médias ruraux et urbains pour faciliter l’accès à l’information ».

Le journaliste Amadou Salif Tall de Sud FM a été choisi par ses confrères pour diriger ce réseau. Il s’est engagé à faire du RJGF une nouvelle sentinelle pour la bonne gouvernance des régimes fonciers au Sénégal.

Video : Voir les interviews que nous ont accordés El Hadj Thierno Cissé, assistant au coordinateur de la Cellule d’appui du CNCR et Amadou Sali Tall, president du RJGF